Communiqué de presse


« La Générale » au présent de l’avenir

Une participation active de « La Générale » au dialogue
avec le Ministère de la Culture


Lundi 23 octobre, par une communication officielle et publique, le Ministre de la Culture et de la Communication s’est engagé à trouver une solution qui permette aux membres de « La Générale » de poursuivre leur projet dans une re-situation, un re-commencement sans répétition

La voie du dialogue l’emporte et selon les termes de l'accord, l'expulsion a été suspendue jusqu'au transfert effectif de l'ensemble des activités de « La Générale » dans de nouveaux locaux adaptés qui restent à trouver. Ce dialogue se poursuit notamment pour trouver, à terme, une inscription pérenne au collectif et à son projet. Dans les échanges, c’est tout autant la force que la nature de notre travail qui ont été relevées par nos interlocuteurs, les services du Ministère de la Culture (Direction Régionale des Affaires Culturelles et Délégation aux Arts Plastiques).

Laboratoire de création artistique, en prise avec la ville et le politique, « La Générale » poursuit ses activités aujourd’hui et dans un avenir dont les perspectives sont ouvertes et fortes du dialogue engagé.

« La Générale » tient à exprimer sa reconnaissance à toutes celles et à tous ceux qui la soutiennent. Riche de ces rencontres, nous désirons avec elles conjuguer le présent et l’avenir.



La Générale
10-14, rue du Générale Lasalle – 75019 Paris

Press Release

“La Generale”: Combining present & future

Active dialogue with French Ministry for Culture

Paris October 25th, 2006


On Monday, 23rd October, the Minister of Culture and Communication declared that his administration commit to find a new situation for “La Generale”. Until this move, “La Generale” will remain in its current premises.

This proposition was received positively by the members of “La Generale” who regard this situation as a new beginning and not just a repetition of the last experience.

The threat of expulsion has been suspended and the dialogue with French authorities ongoing. The discussion is also about trying to find a long-term solution for the collective and its project. The strength and the nature of their work have been distinguished by several Ministry of Culture evaluations.

“La Generale” is a laboratory of artistic creation related to urbanity and political thought.

“La Generale” would like to thank all who have given their support. The richness of encounters encourages us to carry on combining the present and a future now open.




A la croisée des chemins :
Expulsion de « La Générale »
ou Dialogue ?

5 octobre 2006

Soucieuse du sort de « La Générale », une délégation du Ministère de la Culture venait visiter le bâtiment afin de rencontrer les membres et les activités de ce laboratoire artistique et politique situé au cœur de l’Est parisien, dans le quartier de Belleville, depuis février 2005.

Cette visite s’inscrit dans une volonté de relancer, sous l’égide du Ministère de la Culture, une médiation avec toutes les parties :
le Ministère de l’Éducation qui est propriétaire du bâtiment ;
la ville, qui en accord avec deux vœux votés à l’unanimité par son conseil, avait tenté une première médiation ;
l’acquéreur pressenti, la Caisse des Dépôts et Consignations ;
les membres de « La Générale », ses mécanos.
Cette médiation doit permettre au projet de « La Générale » de se poursuivre et d’évoluer, de continuer à vivre.

Les mécanos de « La Générale » n’ont pas cessé depuis dix-neuf mois d’appeler à un dialogue serein et responsable avec les pouvoirs publics. Dialogue dont l’objectif serait, dans un premier mouvement, d’offrir une évaluation de la nature du projet. « La Générale » est un espace de production, d’expositions et d’échanges où se métissent les formes artistiques et politiques dans la diversité et la recherche -intégrée comme une prise de risque, un travail. C’est un projet qui mérite qu’on s’y arrête.

Le deuxième objectif de ce dialogue serait, sur la base de cette évaluation, d’envisager les perspectives pour re-situer le projet mis en œuvre par « La Générale ».

Aussi, nous soutenons l’initiative du Ministère de la Culture et les efforts de la Ville. Le dialogue que nous demandons depuis si longtemps doit s’engager sans délais. Il doit s’engager alors que les menaces d’expulsion sont de plus en plus fortes. L’État serait pressé de vendre ce bâtiment et, dans la précipitation, il en oublie les forces de propositions et d’actions qui s’y sont investies, dont il constitue aujourd’hui l’outil et le cœur. Un projet qui s’est construit en toute indépendance et dont la qualité est chaque jour saluée par la critique et surtout par nos invités, notre audience, ferait-il peur ?

Nous sommes aujourd’hui au partage des eaux : soit une basse opération de police, l’expulsion, tente de réduire « La Générale » ; soit un dialogue constructif s’engage, dans le souci de l’intérêt général, autour d’une table ronde avec toutes les parties prenantes.







« La Générale » :
le dialogue juridique et politique en quelques repères


Février 2005 :
Dépôt d’une main courante au commissariat de police du XIXème arrondissement. La main courante exprime notre occupation.

Février à juin 2005 :
Multiples courriers au propriétaire, le ministère de l’éducation, et aux pouvoirs publics.

10 Juillet 2005 : Vote, au Conseil de Paris et à l’unanimité, d’un premier vœu qui appelle à un maintient du collectif dans les bâtiments du 10-14, rue du Général Lasalle « jusqu’au début des travaux » et un relogement du projet.

22 août 2005 :
Réunion de médiation sous l’égide de la Ville. Elle réunit l’ensemble des parties prenantes (Ministère de l’Education Nationale, Caisse des dépôts et Consignations, la ville et le collectif). Le Ministère de l’Education Nationale se déplace pour faire part de son opposition à tout dialogue.

6 septembre 2005 :
Premier jugement du Tribunal de Grande Instance de Paris qui octroie un délais de dix-huit mois au collectif.

Septembre 2005 à octobre 2006 :
Multiples réunions « informelles » avec la Ville.

4 décembre 2005 :
Jugement en appel qui octroie un délai de six mois au collectif et légitime son occupation sur dix-huit mois et jusqu’au 30 juin 2006.

Avril – Juin 2006 :
Rencontres avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile de France afin de l’associer à la médiation.

Juin 2006 :
Brève rencontre, de notre initiative, avec le Ministre de la Culture lors du finissage de l’exposition « la force de l’art » au Grand Palais.

11 Juillet 2006 :
Vote au Conseil de Paris d’un deuxième vœu confirmant le premier vœu.

2 octobre 2006 :
Visite d’une délégation du Ministère de la Culture.

30 novembre 2006 (St André) :
Date butoir pour la vente du bâtiment selon des dispositions exceptionnelles prévues pour la vente du patrimoine de l’Etat. Après le 30 novembre 2006, la vente du bâtiment reste possible dans le cadre des dispositions juridiques habituelles.
et …

La Générale
10-14, rue du Générale Lasalle – 75019 Paris
http://www.lagenerale.org
http://www.lagenerale.eu


'Mouvement' : numéro 39 , avril-juin 2006.
LA CULTURE DE L’ALTERNATIVE
En à peine un an d’existence, La Générale, laboratoire de création fondé intempestivement dans le quartier de Belleville, s’est imposé comme l’un des lieux d’élection d’une scène artistique émergente. Une initiative qui, parce qu’elle bouleverse nos habitudes culturelles franco-françaises, a valeur d’exemple.

Le 8 février 2005, une poignée d’artistes investissait une ancienne école située rue du Général Lasalle, à Belleville, emmenés par Vladimir Najman et André Panibratchenko, qui s’étaient déjà illustrés en animant l’Impasse, collectif implanté dans le 3e arrondissement – le second ayant précisément fait de l’activation de lieux de diffusion de la création contemporaine la finalité même de son travail d’artiste. Le temps de faire circuler la nouvelle, et les 6200 mètres carrés du bâtiment se trouvaient vite occupés, en ateliers d’artistes,
espaces de création et d’exposition, de vie aussi, pour certains – autant de projets qui venaient conférer au lieu, baptisé La Générale, sa véritable vocation : être moins un îlot de résistance, une zone d’occupation, qu’un espace de rayonnement. Ce dont venait témoigner, peu après cette ouverture en catimini, l’exposition Volume I, qui invitait artistes réputés et inconnus suivant l’un des principes fondateurs du collectif : favoriser l’échange, cet échange qui, lorsqu’il se déploie équitablement, annihile tout risque d’autarcie ; et ainsi, faire de La Générale un lieu de transmission – un « laboratoire de création » où, à tous les sens du terme, on ne fait que passer.
Depuis, les mois ont passé, avec leur lot de batailles juridiques, mais le temps n’a pas eu raison de la volonté ni de la bonne humeur de ses instigateurs – ces « mécanos » de La Générale formant une équipe d’une centaine de permanents et de volontaires. Entre-temps, une « charte » est venue poser les principes clés de ce laboratoire : « Invitation, accueil, partage, diversité, échange, ouverture, égaux. » Et La Générale a acquis valeur de symbole dans un pays qui – surtout si on le regarde de l’extérieur, d’Allemagne, par exemple – semble cruellement dépourvu de toute « culture alternative » – la faute, sans doute, au centralisme et au « culte de la personnalité » qui régissent le plus souvent les échanges.
Dans le cas présent, l’alternative s’avère, bel et bien, économique: La Générale ne profite d’aucune subvention et parvient à s’auto-suffire (via les cotisations de ses membres et les recettes occasionnelles provenant des bars lors de concerts payés « au chapeau »), jusqu’à financer de sa poche les travaux de remise en état qui, aux dires de ses détracteurs, justifiaient l’évacuation du bâtiment. Le nomadisme n’interdit pas l’engagement, surtout si l’on se réfère à la charte du collectif : « L’investissement du lieu n’est pas une appropriation mais la construction d’un espace en débats pour le quartier et la ville, dans la Cité et avec elle. » Ainsi, La Générale ouvre ses portes aux riverains, mais aussi aux associations qui en ont besoin, et dont elle se sent proche : le Gisti, Act’Up, les mouvements de défense des sans-papiers. Il s’agit toujours, en fin de compte, de « créer des mélanges », comme le dit Vladimir Najman.
Cette démarche pourrait sembler gentiment utopique, d’autant qu’elle prétend fonctionner en excluant tous « rapports de subordination » et toute hiérarchie. Pourtant, il n’est que de pousser les portes du lieu, de discuter avec ses « occupants », pour constater que le collectif est aussi devenu – puisque le fait d’être sans domicile fixe n’implique pas que l’on soit irresponsable – une vraie collectivité. Un foyer de dynamisme, une fédération d’enthousiasmes, régis certes par les impératifs de l’urgence, la vocation de l’éphémère(1), mais sans que ceux-ci viennent entraver leur foisonnement, et leur décloisonnement – l’urgence impliquant la réactivité. Arts visuels, spectacle vivant, musique, photographie ou mode ont aussi droit de cité, et quel que soit le domaine où ils évoluent, les créateurs en présence sont également, le plus souvent, des curateurs. Au rez-de-chaussée, la galerie &nbsp (l’abréviation informatique de l’anglais nonbreaking space, « espace insécable »), géré par quatre artistes (Aymeric Ebrard, Thomas Fontaine, Rada Boukova et Elodie Huet), organise une exposition par semaine. Un autre espace, confié successivement à des commissaires, résidents (parmi lesquels le sculpteur David Cousinard, la plasticienne Thu van Tran ou la photographe Julia Varga) ou non (Yann Chateigné) sur les lieux, accueille des expositions de plus grande envergure (outre Volumes I et II, citons Je partage votre point de vue, Plein-pots, Le Retour de la différence…), auxquelles participent aussi des artistes dont la renommée n’est plus à faire (Agnès Thernauer, Cécile Hartmann, Felice Varini, Mathieu Mercier, Lili Reynaud-Dewar…). Côté musique, les Salons 5/6, organisés les 5 et 6 de chaque mois par Juliette Bineau, ouvrent leurs portes aux musiciens, performeurs ou écrivains curieux d’expérimenter des formes courtes (moins de 20 minutes). Le même bouillonnement existe du côté du théâtre ou de la danse, sans oublier tous les recoins laissés en friche, et réactivés pour quelques interventions temporaires (telles le projet Enduits). Le tableau n'est pas forcément idyllique, mais il est exemplaire : La Générale, à force d'ouverture (sur le monde, plus que sur les mondanités), s'est imposée, toujours par la grâce du bouche à oreille, comme un lieu où l'on respire.
Exemplaire, car le constat quant à la scène « alternative » parisienne se révèle plutôt accablant. Avant la fermeture programmée de La Générale, c’est Public, autre lieu d’élection de la jeune création, qui doit quitter ses locaux de l’impasse Beaubourg (tout un symbole…) – le propriétaire qui les leur mettait généreusement à disposition ayant revendu la surface. Pour des raisons similaires, liées finalement à l’iniquité du marché immobilier dans la capitale, l’existence de l’association d’artistes Glassbox, rue Oberkampf, demeure encore précaire, comme le BetonSalon, ouvert l’année dernière, et qui profite d’un partenariat actif avec son antenne viennoise. Autant d’espaces exclusivement dépendants des bonnes volontés de leurs gérants et d’hypothétiques soutiens publics, et qui, alors même qu’ils ont prouvé leur capacité à mettre en place une programmation dynamique pour un public toujours plus nombreux, demeurent trop rares. Le coût délirant des loyers parisiens n’incitant guère à l’optimisme, il reste à espérer que les pouvoirs publics finissent par réaliser la vitalité de tels lieux dans l’équilibre du paysage artistique. Heureusement, à La Générale, on a de l’optimisme à revendre, envers et contre tout.
Mathilde Villeneuve et David Sanson
(1) Les habitants de La Générale sont expulsables au 30 juin 2006, le bâtiment étant promis à l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche. Toutefois, au terme d’un ultime round juridique, la Ville de Paris s’est engagée à favoriser leur relogement.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Vendredi 2 septembre
La Générale

Ce matin, suite aux déclarations de M. Sarkozy, les habitants de deux squats, rue de la Tombe Issoire et rue de la Fraternité ont été expulsés. Leurs habitations, semblant appartenir à la liste des immeubles considérés comme des "taudis" par le préfet de police de Paris, furent expéditivement vidés.

Celui qui était situé rue de la Fraternité (environ 70 personnes) était autogéré et bien intégré dans le quartier depuis 1997. C’est pourquoi l’intervention soudaine des forces de police a choqué aussi bien les habitants que leur voisinage. Ces derniers, et de façon solidaire et fraternelle, protégèrent chez eux une partie des biens des personnes expulsées. Ce soir, les familles dormiront sous les tentes prêtées par l’association Emmaüs dans le square de la butte du Chapeau Rouge, ouvert exceptionnellement par la Mairie de Paris.

L'actuel gouvernement n'a pas trouvé d'autre réponse, face aux derniers incendies meurtriers, que de mettre à la rue les milliers de personnes qui, faute de ne pouvoir se loger autrement (manque de logements sociaux, spéculation immobilière, demande de garantie exorbitante des propriétaires…) se retrouvent de plus en plus poussés dans la précarisation. Où comptent-ils les loger? Une semaine tout au plus dans de sordides hôtels type Formule 1 à la lisière de la région parisienne, déscolarisant ainsi les enfants le jour de la rentrée des classes? À moins qu'ils ne s'apprêtent à réquisitionner les logements de fonctions des ministres actuels…


Le Collectif "La Générale" appelle lui aussi à rejoindre la manifestation du samedi 3 septembre à 15h30, RDV devant le 20 Bd Vincent Auriol (13éme), métro quai de la gare.

En soutien aux revendications des occupants expulsés, nous demandons le relogement immédiat et pérenne de toutes les personnes concernées.

LETTRE AUX CONSEILLERS DE PARIS

Paris, le 8 juillet 2005

Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris,

Madame Violette Baranda, conseillère de Paris, a déposé un vœu, qui sera débattu au prochain Conseil, concernant « La Générale », collectif d’une centaine d’artistes occupant un bâtiment sis 10-14 rue du Général Lasalle dans le 19ème arrondissement. Cet immeuble a été laissé vacant par le Ministère de l’Education Nationale pendant de nombreuses années.

Le collectif « La Générale », composé d’artistes plasticiens, d’architectes, d’écrivains, de photographes, de gens de théâtre et de cinéma, d’associations, de revues... travaille depuis cinq mois à construire un outil de coopération artistique et sociale destiné non seulement à pallier les manques et les lenteurs des institutions culturelles existantes, mais aussi à proposer au quartier de Belleville un lieu d’échange et de cohésion : c’est par exemple le sens de la démarche de l’association Tribudom qui vient de réaliser un film avec les enfants des écoles en ZEP du quartier.

Ce travail en devenir est aujourd’hui menacé par une procédure judiciaire en référé d’heure à heure : le ministère de l’Education nationale prétexte en effet un « péril imminent » pour demander à la Justice de prononcer l’expulsion du collectif. Aucune expertise n’atteste la réalité de ce péril : le rapport de l’architecte DPLG Guy Hayon venu visiter les lieux à notre demande atteste même du contraire.

On nous reproche par ailleurs de retarder un projet d’hôpital psychiatrique, annexe de l’établissement de Maison-Blanche. Or il est avéré que l'absence à ce jour de concrétisation du projet ne soit pas lié à notre présence très récente mais essentiellement aux contraintes administratives et financières inhérentes à un tel dossier. Dans l'attente du dénouement de cette opération, nous revendiquons de pouvoir continuer à vivre et travailler dans ce lieu.

Pour toutes ces raisons, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les Conseillers, de bien vouloir voter le vœu qui sera débattu au prochain conseil de Paris, afin que la Mairie de Paris intervienne dans le débat et assure une médiation auprès de l’Education Nationale qui pour l’heure n'a pas répondu aux demandes de négociations qui lui ont été adressées au sujet d'une convention d’occupation jusqu'à la réalisation de l'opération.

Pour plus d’informations, un dossier de présentation de La Générale est disponible en téléchargement à l’adresse www.lagenerale.org. Nous vous appelons par ailleurs à rejoindre le comité de soutien de La Générale, dont vous trouverez ci-dessous les 100 premiers signataires, pour que de telles initiatives puissent vivre à Paris.

Nous vous prions de recevoir, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, l’assurance de notre considération distinguée.

La Générale

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 04/07/05
L’ÉDUCATION NATIONALE N’AIME PAS LES ARTISTES VIVANTS
Menace d’expulsion de plus de cent artistes dans le quartier parisien de Belleville

Un bon artiste est un artiste mort ? Après avoir sacrifié les activités artistiques à l’école dans les orientations de la loi Fillon, après avoir coupé drastiquement le budget des interventions d’artistes dans les classes à PAC, le ministère de l’Education Nationale s’apprête à expulser "La Générale", une association d’une centaine d’artistes français et étrangers travaillant activement depuis février dans un grand immeuble de Belleville laissé vacant depuis plus de dix ans par ce ministère. En à peine cinq mois, un travail considérable a été accompli par le collectif tant du point de vue de la création artistique que de la mise en place d’outils et d’espaces de travail mutualisés, de la rénovation et de la sécurisation des locaux, ainsi que de l’ouverture sur le quartier et les associations voisines. Ainsi ont pu naître, entre autres : le plateau de théâtre du deuxième étage, un labo photo couleur, une cantine collective, la galerie "&nbsp", l'exposition collective "Volume I". Le "volume II" de cette exposition est actuellement en préparation (vernissage le 07 juillet 2005).

Aujourd’hui, après cinq mois de silence et d’indifférence, l’Education Nationale prétexte soudainement un "péril imminent" qui n’est non seulement attesté par aucune expertise, mais purement et simplement réfuté par le rapport de Guy HAYON (architecte DPLG). En convoquant abusivement une procédure expéditive (référé d’heure à heure), il s’agit de se débarrasser en catimini et sans aucune négociation, au mépris des droits les plus élémentaires de la défense, d’artistes qui n’ont pas la sagesse d’être déjà couchés dans les pages des manuels d’histoire de l’art ; mais qui, aujourd’hui et ici, de manière autofinancée aussi bien qu’en partenariat avec des institutions publiques et privées*, fabriquent, dessinent, écrivent, machinent, cuisinent, composent, cousent, improvisent, répètent, filment, dansent, photographient, développent, installent, exposent, programment, publient, soudent, organisent, réparent, transmettent, accueillent, essayent, ratent, réussissent, transforment.

Car si nous revendiquons le droit d’investir les espaces délaissés, ce n’est pas pour nous approprier des immeubles et nous y enfermer, encore moins pour ériger un énième centre d’art, mais parce que nous privilégions le mouvement débarrassé des obstacles bureaucratiques, l’accueil et l’invitation de l’autre, la coopération des mains et des cerveaux, la circulation des corps et des idées, l’échange et le partage des outils de travail, la création et l’expérimentation de formes et de pratiques complémentaires à celles des modèles institués.

A Paris la place manque et les activités débordent : il serait temps d’en finir avec la logique répressive consistant à expulser aveuglément tout ce qui gêne avant même de rencontrer les occupants, de voir ce qu’ils fabriquent et d’écouter les propositions. Nous demandons au préfet de police de ne pas appliquer l’éventuelle ordonnance d’expulsion qui serait rendue alors même que les occupants du lieu n’ont pas été entendus par la Justice. Nous demandons au ministre Gilles de Robien de retirer son action judiciaire inadéquate et la tenue immédiate de nouvelles négociations en vue de trouver un arrangement amiable. Nous demandons à la Mairie de Paris d’intervenir dans le débat afin d’en favoriser l’issue. Nous invitons tous les concernés à nous apporter leur soutien à l’occasion de la conférence de presse qui se tiendra le mercredi 6 juillet à 11h à la Générale, 10 rue du Général Lasalle à Paris.

CONFÉRENCE DE PRESSE LE MERCREDI 6 JUILLET À 11H
La Générale 10-14 rue du Général Lasalle - M° Pyrénées


* entre autres : Mairie de Paris, Palais de Tokyo, Laboratoires d’Aubervilliers, Galerie Public, Théâtre National de la Colline, Centre Chorégraphique National de Tours, Biennale de Mulhouse. Le Plateau/FRAC Île de France, Beton-Salon, Mains d’œuvres, Fondation de France, la SACD, Théâtre Paris Villette, Agat Film, Archipel 35 (palme d’or Cannes 2005), l’ARP…

Libération, 13 Juillet 2005

Libération, Jeudi 7 Juillet 2005

A Paris, offensive contre La Générale, squat d'artistes

Le collectif, qui a investi 6000 m2 de locaux il y a cinq mois, est sous le coup d'une demande d'expulsion.

Par Elisabeth LEBOVICI

jeudi 07 juillet 2005 (Liberation - 06:00)

Ils sont installés à Belleville (Paris) dans un grand immeuble daté de 1903. Un bâtiment de l'Education nationale versé au domaine privé de l'Etat, à l'abandon «depuis environ dix ans, disent-ils.L'endroit n'était pas gardé». Ils occupent une vaste partie des 6 000 m2 (le reste, vétuste, est condamné). Ils sont une centaine d'artistes, plasticiens (certains déjà investis dans l'ancien squat de l'impasse Saint-Claude), théâtreux, musiciens, écrivains, plus une revue (Vacarme) et des associations formant le collectif La Générale – aussi nom de l'endroit, 10-14 rue du Général-Lassalle (1). La féminisation n'est pas de trop. Ce jeune collectif ne revendique aucune réécriture héroïque de l'occupation des lieux.

Pas autiste. Depuis février, ça s'active à La Générale. Dans les étages, des ateliers de 20 à 60 m2 ont été aménagés. Mais, surtout – et c'est la caractéristique du collectif qui se veut alternatif mais pas autiste –, d'autres espaces ont été ouverts, à partager. Exemples : une cantine de midi, avec repas spéciaux le vendredi soir glanés par une critique culinaire, Kaori ; trois salles de répétition, déjà utilisées pour pallier les manques des structures institutionnelles.

Ainsi, l'auteur ivoirien Koffi Kwahulé (lire ci-contre) y a préparé sa lecture au théâtre du Vieux-Colombier ; un groupe, sa performance prochaine à la fondation Cartier. Par ailleurs, La Générale a conçu des outils de travail mutualisés : un atelier bois de 150 m2, un laboratoire photo couleur, une structure de montage ciné, un studio, ouverts au quartier. Le vaste rez-de-chaussée, avec son immense verrière et son «4 pièces» plus sombre, accueille expositions et performances. Lors du premier vernissage, le 27 mai, on avait pu voir un défilé de mode cruel organisé par Maroussia Rebecq et Andrea Crews. Lieu gratuit, La Générale peut se permettre une programmation quasi spontanée.

Procédure expéditive. La deuxième exposition débute ce soir. Espérons qu'elle ne ferme pas aussi sec. En effet, l'Education nationale s'est subitement réveillée pour demander, auprès du tribunal de grande instance de Paris, l'expulsion en référé d'heure à heure, procédure expéditive utilisée dans le cas d'un péril imminent, en l'occurrence la (soudaine) dangerosité des lieux. La réaffectation au domaine privé de l'Etat signale un projet de vente du bâtiment. En 2002 avait été formulée pour l'immeuble une destinée hospitalière en pédopsychiatrie. «Mais, souligne Bernard Jomier, élu Vert du XIXe arrondissement, ce projet est bloqué depuis trois ans. De toute façon, il n'occupait que 3 000 m2 et pourrait parfaitement cohabiter avec le projet culturel commencé ici.»

Les Verts s'engagent à demander son soutien au Conseil de Paris lundi. Mais la juge entend statuer dès demain, sans que le collectif ait pu produire la moindre expertise contradictoire et sans attendre le rapport de l'architecte dépêché sur les lieux. La Générale demande juste «l'ouverture de négociations avec l'Education nationale et la Ville de Paris, pour une convention d'occupation temporaire».

(1) www.lagenerale.org

article en ligne sur le site paris-art.com, 07/07/05 :

La Générale menacée d'expulsion

«La Générale», collectif d'artistes récent qui a transformé des locaux près de Belleville en un véritable centre d'échanges artistiques, est soudainement menacé d'expulsion par le Ministère de l'Éducation nationale.
//// Cela fait exactement 150 jours que «La Générale» existe. «La Générale» est un collectif d'artistes qui, depuis février 2005, occupe des locaux possédés par le Ministère de l'Éducation nationale mais laissés vacants depuis plusieurs années.
Ce grand immeuble qui s'étend sur la majeure partie de la rue du Général Lassalle, derrière la rue de Belleville, fut, dans les premières décennies du XXe siècle, une usine de chaussures. Il en est resté de vastes espaces, dont une haute verrière hors du temps avec son lierre desséché qui pend le long d'une charpente métallique, et des volumes prêts à accueillir expositions, art vivant, théâtre. Durant ses cinq mois d'existence, «La Générale» a mis sur pied un lieu qui, bien que de la nature du «squat» n'a rien à voir avec ce que l'on entend généralement par là: ce n'est pas un lieu clos interdit d'accès à tout autre personne qu'aux squatters, pas un refuge pour artistes en perdition, pas une ruine dont l'occupation ne ferait qu'aggraver l'état.
Bien au contraire, «La Générale» apparaît comme un centre d'art spontané et alternatif. La trentaine d'ateliers qui a été créée, le laboratoire de photographie, le studio de tournage qui disposent d'outils mutualisés sont ouverts non seulement aux résidents mais à tout artiste extérieur qui en aurait usage. Félicia Atkinson, qui propose une «poésie-performance» dimanche prochain à la Fondation Cartier, répète ainsi à «La Générale» (la Fondation n'ayant pas de lieu de répétition à sa disposition). «La Générale» se présente donc comme une plate-forme, un lieu de circulations et d'échanges, ouvert sur l'extérieur, à commencer par les associations du quartier. Parmi ses résidents, outre un certain nombre de diplômés des Beaux-Arts de Paris ou de Cergy, on trouve par exemple la revue Vacarme, un photographe et plasticien diplômé de l'IEP, un artiste professeur à l'Institut universitaire national d'art en Argentine... «La Générale», cependant, n'ignore pas que sa vie doit être brève. Il est prévu que le lieu soit racheté au Ministère de l'Éducation nationale pour en faire un hôpital de pédopsychiatrie. Ce projet, jusqu'ici, n'a nullement gêné les résidents qui en savent le bien-fondé et n'entendent pas l'entraver. L'intention de «La Générale» est, dans l'attente que le projet se mette en place (ce qui ne saurait se faire avant plusieurs mois au moins) de combler un vide, tant que vide il y a, de mettre de la vie là où régnait l'abandon, de favoriser les échanges et la créativité dans un bâtiment qui paraît extraordinairement destiné à cela. Le projet d'hôpital existe depuis deux ans, et rien n'est encore concrétisé. Or il se trouve que depuis un dizaine de jours l'Éducation nationale (qui a été mise au courant de l'occupation des lieux dès le début) menace «La Générale» d'expulsion, par un référé d'heure à heure, sous le prétexte d'un «péril imminent». Quel est ce péril? Les locaux sont sains (à l'exception d'une partie infiltrée d'eau, pour laquelle des réparations ont été effectuées par les résidents eux-mêmes, et qui d'ailleurs condamnée). Et le Ministère n'est en mesure de fournir aucune attestation prouvant leur caractère dangereux. Une telle précipitation, que rien ne laissait présager et qui semble sans rapport avec le projet d'hôpital, apparaît comme absurde. Elle est surtout regrettable, coupant les ailes à tout ce qui a été entrepris et inventé dans les lieux. Le 8 juillet, la justice doit décider ou non de l'expulsion. Si jamais l'expulsion est décidée, «La Générale» fera appel, bénéficiant d'ores et déjà de soutiens nombreux, notamment parmi le personnel de la Mairie de Paris et de la Mairie du XIXe, ainsi que de la part du Plateau, de la revue Multitudes, du Théâtre Paris-Villette, parmi d'autres (avec qui des partenariats ont auparavant été établis).
Anne Malherbe

La Générale
10-14 rue du Général Lassalle
75019 Paris
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